Tradition
Tbourida : la charge expliquée
D'où vient la fantasia, les deux phases d'une tbourida, pourquoi la salve doit résonner comme un seul coup, et comment observer la charge lorsque vous la voyez dans l'arène.
Réservez la soirée fantasia ↗De la cavalerie à la célébration
La fantasia est un spectacle équestre que l'on retrouve dans tout le Maghreb, présenté lors de festivals et de mariages du Maroc à la Libye. Wikipédia la fait remonter à la cavalerie de l'ancienne Numidie et la décrit à la fois comme une performance culturelle et comme une forme d'art martial. Au Maroc, où on l'appelle tbourida, l'UNESCO date la tradition du XVIe siècle et la décrit comme une simulation de parades militaires suivant des conventions arabo-amazighes ancestrales. L'UNESCO l'a reconnue comme patrimoine culturel immatériel en 2021.
Pourquoi on l'appelle tbourida
Tbourida vient du mot désignant la poudre à canon, et dans toute la région le spectacle est aussi appelé le jeu de la poudre ou le jeu du cheval ; en tamazight, c'est tafrawt. Fantasia, le nom que connaissent la plupart des visiteurs, est celui qu'employaient les orientalistes français, et des peintres comme Eugène Delacroix et Théo van Rysselberghe ont fait de la charge un sujet de prédilection. La piste rectiligne le long de laquelle galopent les cavaliers est le mahrak, et une troupe est menée par un muqaddam, généralement son cavalier le plus expérimenté, qui chevauche au centre de la ligne.
Deux phases : le salut et la charge
L'UNESCO décrit chaque tbourida en deux parties. Vient d'abord la hadda, ou salut : les cavaliers entrent au trot sur le terrain et exécutent une figure acrobatique avec leurs fusils, puis reviennent au point de départ. Vient ensuite la talqa. La troupe s'élance de nouveau au galop, les chevaux accélérant côte à côte, et à la fin de la course les cavaliers tirent ensemble une salve à blanc, rappelant une cavalerie partant en guerre. Les cavaliers prient souvent ensemble avant de monter, et beaucoup donnent au spectacle une signification spirituelle.
Le coup unique
Le plus difficile dans la tbourida n'est pas la vitesse mais l'unisson. Les chevaux doivent rester alignés en accélérant, et les cavaliers doivent tirer au même instant pour que la foule n'entende qu'une seule détonation plutôt qu'une salve décousue. Le chef au centre de la ligne donne le moment. La réussite se mesure à cette détonation unique, et une volée dispersée gâche même une charge rapide. C'est ce qu'il faut écouter lorsque les cavaliers atteignent l'extrémité de l'arène : un claquement net, puis la fumée.
Chevaux, robes et fusils
Les chevaux sont arabes, barbes ou un croisement des deux. Le barbe est la race nord-africaine depuis longtemps liée aux peuples amazighs du Maghreb, prisée pour sa robustesse et son endurance. L'UNESCO note que les cavaliers portent un costume d'époque, avec turban, robes drapées et babouches, et portent un petit Coran et un ancien sabre arabe. Les selles et les brides sont cousues et décorées à la main, et les costumes signalent la tribu ou la région d'un cavalier. Les longs fusils sont des armes à chargement par la bouche, bourrées de poudre noire et tirées sans balle.
Une compétition vivante
Tbourida n’est pas une pièce de musée. Wikipédia recense environ un millier de troupes enregistrées au Maroc, et chaque année des centaines s’affrontent pour le Trophée national Hassan II de Tbourida à El Jadida. La plupart des représentations ont lieu lors des moussems, les fêtes régionales organisées en l’honneur des saints, ainsi que lors des fêtes nationales et des foires agricoles. Les femmes montent aussi. Depuis 2003, un organisme public, la Société royale d’encouragement du cheval, connue sous le nom de SOREC, œuvre à la promotion et à la préservation de cette pratique.
L’observer dans l’arène
Ce que l’on voit lors d’un dîner-spectacle est une version scénarisée : une charge intégrée à un spectacle plus vaste, plutôt qu’une compétition entre troupes sur une longue piste. L’essentiel reste le même. Regardez les cavaliers se mettre en ligne, suivre le chef au centre, et attendez la salve à la fin de la course. Le bruit est intense et survient rapidement : prévenez les enfants avant. Si vous souhaitez voir la tbourida telle que les Marocains la pratiquent en compétition, cherchez un moussem régional pendant votre séjour au Maroc.
Sources